TDAH et motivation : quand ta vie devient une interminable liste de tâches
Quand on a un TDAH, la vie adulte peut rapidement devenir une succession de tâches, d’obligations et de choses à améliorer. Mais à force de chercher à être plus productif, mieux organisé et plus efficace, est-ce qu’on finit par oublier de faire des choses simplement parce qu’on les aime? Et si le plaisir et les intérêts avaient une place beaucoup plus importante qu’on le pense dans la gestion du TDAH?
As-tu parfois l’impression que ta vie n’est qu’une immense liste de choses à faire?
Répondre aux courriels. Faire l’épicerie. Préparer les repas. Faire le lavage. Organiser les rendez-vous. Travailler. Penser aux finances. Planifier les vacances. Inscrire les enfants à leurs activités. Faire de l’activité physique. Prendre soin de ta santé.
Et quand tu réussis finalement à terminer quelque chose, il y a déjà trois autres tâches qui attendent.
Quand on vit avec un TDAH adulte, cette impression peut devenir particulièrement lourde. Parce qu’en plus des obligations normales de la vie adulte, on essaie souvent de mieux s’organiser, de moins procrastiner, d’être plus constant et de trouver des stratégies pour mieux fonctionner.
Mais il y a une question qu’on se pose beaucoup moins souvent :
Est-ce que j’aime réellement ce que je suis en train de faire?
Pas : « Est-ce que j’aime le résultat que ça va me donner? »
Mais vraiment : est-ce que j’aime faire cette chose?
TDAH et motivation : l’importance de l’intérêt
Quand on parle de motivation et de TDAH, on pense souvent au manque de motivation ou à la difficulté à passer à l’action.
Pourtant, une personne TDAH peut être incroyablement engagée dans certaines activités et incapable de mobiliser la même énergie pour une tâche qui lui semble sans intérêt.
La nouveauté peut être extrêmement stimulante. Un nouveau loisir, une nouvelle formation, un nouveau projet ou une nouvelle idée peut nous captiver complètement… jusqu’à ce que l’effet de nouveauté disparaisse.
Il y a aussi nos intérêts profonds, ces sujets vers lesquels on revient naturellement au fil des années.
Et puis il y a les échéances. La fameuse deadline qui peut soudainement nous permettre de faire en quelques heures quelque chose qu’on repoussait depuis des semaines.
Le problème, c’est que la vie adulte est remplie de choses qui ne répondent pas nécessairement à ces sources de motivation.
Faire ses impôts n’est pas nécessairement intéressant.
Répondre à ses courriels non plus.
Planifier les repas, faire le ménage ou organiser les vacances peuvent être nécessaires sans être particulièrement stimulants.
Et pourtant, ces tâches occupent énormément de place.
Quand toute ta vie devient une obligation
Il y aura toujours des choses qu’on doit faire même si on n’en a pas envie.
Le problème apparaît plutôt lorsque presque tout notre quotidien devient une obligation.
C’est quelque chose que je remarque régulièrement en coaching lorsque je pose cette question :
« Qu’est-ce qui t’apporte de la joie dans ton quotidien? »
Et souvent, la réponse ne vient pas facilement.
Parce qu’on est devenu tellement habitué à penser en termes de tâches, d’objectifs, de responsabilités et d’amélioration qu’on ne sait parfois même plus ce qu’on aime réellement faire.
Et lorsque quelque chose nous vient en tête, une autre émotion apparaît souvent très rapidement : la culpabilité.
Pourquoi est-ce si difficile de faire quelque chose « juste pour le plaisir »?
J'adore lire un roman.
J'aime faire un casse-tête en écoutant une série.
J'aime améliorer certaines choses dans ma maison.
Mais même lorsque je fais quelque chose que j’aime réellement, une partie de mon cerveau peut me rappeler toutes les autres choses que je pourrais être en train de faire.
Je pourrais travailler.
Je pourrais faire avancer ma business.
Je pourrais terminer quelque chose qui traîne.
Je pourrais être plus productive.
Et c’est là que le piège commence.
Parce que la sensation d’« en avoir fait assez » risque de ne jamais arriver spontanément.
Il y aura toujours quelque chose d’autre à faire.
Toujours quelque chose à améliorer.
Toujours un autre objectif à atteindre.
Une maison peut toujours être améliorée. Une entreprise peut toujours croître. On peut toujours mieux manger, mieux s’entraîner, mieux gérer son temps, mieux dormir ou mieux organiser son quotidien.
Si on attend d’avoir terminé tout ce qu’on « devrait » faire avant de s’accorder du plaisir, on risque d’attendre longtemps.
TDAH et productivité : faut-il vraiment toujours chercher à s’améliorer?
Il y a énormément de contenu destiné aux adultes TDAH qui parle d’organisation, de productivité, de gestion du temps, de procrastination et de stratégies pour être plus efficace.
Ces outils peuvent être très utiles.
Mais il y a quelque chose qui me dérange lorsque toute notre énergie est dirigée vers l’idée de corriger notre fonctionnement.
À force de vouloir constamment s’améliorer, on peut finir par transformer sa vie en immense projet d’optimisation.
Je le ressens moi-même : parfois, je suis simplement saturée d’essayer de m’améliorer.
Et je pense qu’on oublie alors une partie importante de l’équation : la récupération et le plaisir.
Le repos fait partie de la performance
Dans le domaine de l’entraînement physique, on a longtemps cru que plus un athlète s’entraînait, plus il progresserait.
Aujourd’hui, on comprend beaucoup mieux l’importance de la récupération.
Si tu imposes constamment une charge à un athlète sans lui permettre de récupérer, tu ne crées pas un meilleur athlète.
Tu risques simplement de l’épuiser.
Pourquoi notre cerveau fonctionnerait-il complètement différemment?
Si ton quotidien est constamment rempli d’obligations, de contrôle, d’efforts et de choses que tu « devrais » faire, sans laisser suffisamment de place à la récupération et aux activités qui te font réellement plaisir, tu risques de t’épuiser.
Et lorsque tu es épuisé, il devient encore plus difficile de trouver l’énergie nécessaire pour accomplir les tâches moins stimulantes qui font inévitablement partie de la vie adulte.
Le repos et le plaisir ne sont donc pas nécessairement l'opposé de la productivité.
Ils peuvent faire partie de ce qui te permet de continuer.
Qu’est-ce que tu aimais faire avant de chercher à être productif?
Pour répondre à cette question, je trouve intéressant de retourner dans l’enfance.
Quand j’étais jeune, je pouvais passer énormément de temps dans une encyclopédie.
Je commençais par une personne ou un sujet. Une information m’amenait vers une autre personne, qui m’amenait vers un autre événement, qui m’amenait ailleurs.
Je pouvais passer des heures comme ça.
Je ne faisais pas ça pour développer mes compétences.
Je n’avais pas d’objectif.
Je n’essayais pas d’être plus cultivée.
Je trouvais simplement ça fascinant.
Avec le temps, j’ai réalisé que plusieurs de mes intérêts actuels étaient déjà présents : la psychologie humaine, l’histoire, la cuisine, comprendre comment les choses fonctionnent…
Il y avait déjà un fil conducteur.
Alors, pose-toi la question :
Qu’est-ce qui te fascinait lorsque tu étais plus jeune?
Qu’est-ce que tu pouvais faire pendant longtemps sans avoir besoin de te convaincre?
Qu’est-ce que tu explorais simplement parce que tu trouvais ça intéressant?
Et surtout : est-ce qu’il en reste suffisamment dans ta vie aujourd’hui?
Retrouver ses intérêts quand on a un TDAH
Je ne te propose pas nécessairement de trouver un nouveau hobby.
Au contraire.
Avant d'aller chercher quelque chose de nouveau, tu pourrais simplement explorer ce qui t’a déjà fait plaisir.
Va à la bibliothèque.
Entre dans une librairie sans savoir ce que tu cherches.
Retourne dans un magasin d’arts.
Cuisine quelque chose simplement parce que ça t’intrigue.
Fais un casse-tête.
Lis un roman qui ne t’apprendra absolument rien d’« utile ».
Écoute un podcast sur un sujet qui te passionne, et non sur quelque chose que tu essaies d’améliorer chez toi.
L’objectif est justement de ne pas avoir d’objectif.
Et si tu as tendance à perdre complètement la notion du temps lorsque quelque chose te passionne, mets quelques garde-fous autour de cette activité. Tu peux te donner une période déterminée ou utiliser une alarme pour éviter que ton moment de plaisir crée ensuite d’autres problèmes dans ton quotidien.
Et les réseaux sociaux?
Je ferais également une distinction entre une activité qui t’apporte réellement du plaisir et le fait de passer automatiquement du temps sur les réseaux sociaux.
Scroller peut être très stimulant sur le moment.
Mais pose-toi la question : est-ce que j’aime réellement ce que je suis en train de faire?
Est-ce que je ressors de cette activité satisfait, nourri, intéressé?
Ou est-ce que j’ai simplement passé 45 minutes à consommer du contenu sans vraiment l’avoir choisi?
Pour moi, retrouver ses intérêts signifie aussi essayer de revenir davantage vers quelque chose de réel, concret et choisi volontairement.
TDAH : tu as aussi le droit de faire quelque chose qui ne sert à rien
Si tu attends d’avoir tout terminé avant de te donner le droit de faire quelque chose pour le plaisir, ce moment risque de ne jamais arriver.
Alors cette semaine, j’ai envie de te proposer une expérience.
Choisis quelque chose que tu aimes.
Pas quelque chose qui va améliorer ta santé.
Pas quelque chose qui va faire avancer ta carrière.
Pas quelque chose qui va te rendre plus productif.
Quelque chose que tu as envie de faire simplement parce que tu as du plaisir à le faire.
Accorde-toi du temps pour le faire et observe ce qui se passe.
Est-ce que tu ressens de la culpabilité?
Est-ce que ton cerveau essaie immédiatement de te rappeler toutes les choses « plus importantes » que tu pourrais faire?
Est-ce que tu arrives quand même à rester avec cette activité?
Et surtout : comment te sens-tu après?
Parce que gérer son TDAH, ce n’est peut-être pas seulement apprendre à faire davantage de choses qui ne nous intéressent pas.
C’est peut-être aussi construire un quotidien dans lequel il reste suffisamment de place pour les choses qui nous font réellement sentir vivants.
🎧 Tu préfères écouter plutôt que lire?
Cet article est inspiré d’un épisode du podcast Ambitieusement TDAH dans lequel je développe cette réflexion, avec mes expériences personnelles et des exemples concrets.
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Et pendant que tu l’écoutes, pose-toi cette question :
Qu’est-ce que j’aimerais remettre dans ma vie simplement parce que j’aime le faire?