TDAH chez la femme : pourquoi autant de diagnostics après 30 ans?

Pourquoi autant de femmes découvrent-elles aujourd’hui qu’elles ont un TDAH à 30, 35, 40 ans ou même plus tard?

C’est une question que je me pose souvent. Autour de moi, je vois de plus en plus de femmes adultes recevoir un diagnostic de TDAH après avoir passé une bonne partie de leur vie sans jamais soupçonner que leur fonctionnement pouvait être lié à un trouble du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité.

Et j’en fais partie.

J’ai reçu mon diagnostic de TDAH à l’âge adulte. Pourtant, lorsque je regarde mon parcours de l’extérieur, je ne corresponds pas vraiment au stéréotype qu’on associe encore souvent au TDAH.

J’ai fait des études universitaires. J’ai travaillé. J’ai créé des entreprises. Je suis en couple depuis plus de 25 ans. J’ai trois enfants.

Alors pourquoi mon TDAH est-il passé inaperçu pendant aussi longtemps?

Mon histoire permet, je pense, de comprendre une partie de ce qui se passe actuellement avec le diagnostic tardif du TDAH chez les femmes.

Pourquoi le TDAH chez les filles est-il si facile à manquer?

Pendant longtemps, notre représentation du TDAH a été fortement associée à une présentation très visible : l’enfant qui bouge beaucoup, dérange en classe, parle constamment, agit impulsivement et éprouve des difficultés évidentes à fonctionner à l’école.

Je ne ressemblais pas à ça.

J’étais plutôt une petite fille calme, souvent dans la lune. Je pouvais me perdre pendant des heures dans des livres ou dans une encyclopédie lorsque quelque chose captait mon intérêt.

Je parlais beaucoup, j’étais maladroite et j’avais parfois l’impression d’être un peu différente des autres. Mais je ne dérangeais pas.

Et surtout : je réussissais à l’école.

Lorsqu’un enfant ne dérange pas et obtient des résultats scolaires acceptables, il peut être beaucoup plus difficile de remarquer ses difficultés.

Pourtant, le fait qu'elles ne soient pas visibles ne signifie pas qu'elles n'existent pas.

Le TDAH inattentif peut être beaucoup moins visible

Chez certaines filles et femmes, les manifestations du TDAH peuvent être davantage associées à l’inattention qu’à une hyperactivité évidente.

On peut alors retrouver des difficultés comme :

  • être souvent dans la lune;

  • avoir du mal à maintenir son attention lorsque quelque chose ne nous intéresse pas;

  • procrastiner énormément;

  • avoir besoin de l’urgence pour réussir à commencer une tâche;

  • éprouver des difficultés d’organisation;

  • perdre la notion du temps lorsqu’un sujet nous passionne;

  • avoir beaucoup plus de facilité à fonctionner lorsqu’une structure extérieure est présente.

Dans mon cas, j’ai longtemps réussi à compenser ces difficultés.

Et cette compensation du TDAH est une partie importante de mon histoire.

Quand personne ne voit les efforts nécessaires pour « fonctionner normalement »

Quand j’étais jeune, je sentais déjà que certaines choses étaient plus difficiles pour moi.

Ma réponse a été de travailler plus fort.

J’ai développé énormément de vigilance. J’anticipais. Je me préparais. Je suis devenue très perfectionniste.

De l’extérieur, le résultat pouvait sembler positif : je réussissais.

Mais personne ne voyait nécessairement l’énergie nécessaire pour obtenir ce résultat.

C’est quelque chose que je trouve important lorsqu’on parle du TDAH chez les femmes adultes.

On peut être fonctionnelle.

On peut réussir.

On peut avoir un diplôme, un emploi, une famille et une relation stable.

La question n’est pas seulement : « Est-ce que tu arrives à le faire? »

Une autre question importante est :

« Qu’est-ce que ça te coûte pour réussir à le faire? »

Quand la structure disparaît, les difficultés apparaissent

Je l’ai particulièrement compris au secondaire.

Au primaire, j’avais beaucoup de structure autour de moi. J’avais notamment vécu plusieurs années dans de petites classes où j’étais très encadrée.

Puis je suis arrivée dans une école secondaire alternative où je devais gérer beaucoup plus moi-même mon avancement.

Sur papier, ça aurait dû être extraordinaire.

La liberté!

Je pouvais choisir ce que je faisais et quand je le faisais.

En réalité, j’étais complètement paralysée.

Je pouvais avancer extrêmement rapidement dans les matières qui m’intéressaient et repousser pendant des mois celles qui ne m’intéressaient pas.

Puis, lorsque la fin de l’année approchait et que l’urgence devenait suffisamment forte, je pouvais accomplir une quantité phénoménale de travail en très peu de temps.

Je ne savais évidemment pas que je compensais quoi que ce soit.

Tout ce que je voyais, c’était que j’étais chroniquement en retard.

Je savais que j’étais capable.

Mais je ne comprenais pas pourquoi je n’arrivais pas à faire ce que je savais pourtant devoir faire.

« Tu as tellement de potentiel »

Je me suis souvent fait dire que j’avais du potentiel.

Personnellement, j’ai développé une relation assez difficile avec cette phrase.

Parce que lorsqu’on te dit constamment que tu as du potentiel, mais que tu n’arrives pas à accomplir ce qu’on pense que tu devrais être capable d’accomplir, le message que tu peux finir par entendre est :

« Tu pourrais faire mieux si tu faisais davantage d’efforts. »

Sauf que les efforts, j’en faisais déjà énormément.

Je n’avais simplement aucune explication pour comprendre pourquoi certaines choses me demandaient autant d’énergie.

Peut-on avoir un TDAH et bien réussir à l’école?

Oui.

C’est probablement l’un des mythes les plus importants à déconstruire lorsqu’on parle de diagnostic tardif du TDAH.

J’ai terminé mes études secondaires. J’ai poursuivi mes études et je suis allée à l’université en kinésiologie.

À l’université, j’ai même très bien réussi.

Pourquoi?

Entre autres parce que j’étudiais enfin quelque chose qui m’intéressait énormément et que j’avais une structure extérieure : des cours, des échéances, des examens et des attentes précises.

Cela ne veut pas dire que tout était facile.

Les cours nécessitant beaucoup d’apprentissage par cœur étaient beaucoup plus difficiles pour moi. Mais globalement, je réussissais.

De l’extérieur, il devenait donc encore plus difficile d’imaginer que je pouvais avoir un TDAH.

Puis je suis devenue mère

Une des périodes les plus difficiles de ma vie est arrivée après la naissance de ma première fille.

Je suis passée d’un quotidien extrêmement structuré par mon travail à un congé de maternité où mes repères avaient pratiquement disparu.

Tout à coup, mes journées n’avaient plus la même structure.

Et je me suis complètement désorganisée.

J’avais de la difficulté à manger correctement, à organiser mes journées et simplement à fonctionner dans cette nouvelle réalité.

À l’époque, on me disait surtout que j’étais anxieuse, perfectionniste ou que je devais apprendre à demander de l’aide.

Mais je ne comprenais même pas exactement de quelle aide j’avais besoin.

Jusqu’à ce moment-là, j’avais toujours réussi à m’en sortir.

En travaillant énormément, certes.

Mais j'y arrivais.

Ma solution? Me recréer une structure

Ce que j’ai fait ensuite est très révélateur lorsque je regarde mon parcours aujourd’hui.

J’ai créé une entreprise.

Ça peut sembler paradoxal : je n’arrivais plus à organiser mes journées, alors j’ai décidé d’ouvrir un commerce!

Mais cette entreprise m’a redonné exactement ce qui me manquait : une structure externe.

Il fallait ouvrir le commerce à une heure précise.

Il fallait être présente.

J’avais des responsabilités et des comptes à rendre.

Je venais, sans le savoir, de créer autour de moi un environnement qui m’aidait à fonctionner.

Et ce scénario s’est répété à plusieurs moments de ma vie.

La pandémie a fait tomber mes dernières structures

Puis est arrivée la COVID.

Encore une fois, mes structures ont disparu.

Les enfants n’allaient plus à l’école. Les activités étaient arrêtées. Les horaires habituels n’existaient plus. Nous étions isolés et personne ne savait réellement combien de temps cette situation allait durer.

Pour moi, ça a été la goutte qui a fait déborder le vase.

Mais quelque chose d’autre se produisait en parallèle.

Les femmes ont commencé à parler davantage de leur expérience du TDAH sur les réseaux sociaux.

Et pour la première fois, je me suis reconnue.

Je me suis dit :

« Attends une minute… peut-être que je ne suis pas simplement anxieuse. »

Trois enfants TDAH… et une question inévitable

À cette époque, mes enfants étaient également en processus d’évaluation.

Éventuellement, mes trois enfants ont reçu un diagnostic de TDAH.

La psychologue qui les évaluait nous a alors fait remarquer qu’avec trois enfants diagnostiqués, il devenait pertinent de se questionner sur le fonctionnement des parents.

J’ai donc décidé de me faire évaluer.

La première évaluation a encore conclu que mes difficultés étaient principalement liées au stress et à l’anxiété.

J’ai finalement obtenu mon diagnostic de TDAH en 2020 après une seconde démarche.

Et pour moi, ça a été une révélation.

Recevoir un diagnostic de TDAH à l’âge adulte change la façon de regarder son histoire

Après mon diagnostic, j’ai commencé à revoir mon parcours avec une nouvelle grille de lecture.

Les périodes où je fonctionnais extrêmement bien avaient souvent quelque chose en commun : j’avais de la structure autour de moi.

À l’inverse, certaines des périodes les plus difficiles de ma vie correspondaient aux moments où cette structure disparaissait.

Tout à coup, beaucoup de choses devenaient plus cohérentes.

Pourquoi j’avais autant besoin d’échéances.

Pourquoi certaines tâches me semblaient impossibles jusqu’à ce qu’elles deviennent urgentes.

Pourquoi la liberté totale dont je rêvais pouvait finalement me paralyser.

Pourquoi j’avais développé autant de perfectionnisme et de stratégies pour réussir à fonctionner.

« Mais tu réussis trop bien pour avoir un TDAH »

Encore aujourd’hui, lorsque je parle de mon TDAH, certaines personnes sont surprises.

Après tout, je suis en couple stable depuis plus de 25 ans.

J’ai trois enfants.

J’ai fait des études universitaires.

J’ai créé plusieurs entreprises.

Je maintiens mon entreprise actuelle depuis plusieurs années.

Ça ne ressemble pas nécessairement au stéréotype qu’on entretient encore parfois du TDAH adulte.

Mais avoir un TDAH ne signifie pas être incapable de réussir.

Ça peut simplement vouloir dire que certaines choses te demandent énormément plus d’efforts que ce que les autres peuvent voir.

Et lorsqu’une personne a passé sa vie à compenser seule ses difficultés, elle peut devenir extraordinairement efficace à les cacher.

Même à elle-même.

Pourquoi autant de femmes découvrent-elles leur TDAH après 30 ou 40 ans?

Je ne pense pas qu’il y ait une seule explication.

Mais mon parcours illustre plusieurs éléments qui peuvent contribuer à un diagnostic tardif du TDAH chez la femme : une présentation moins visible, de bonnes performances scolaires, énormément de compensation, du perfectionnisme, une structure extérieure qui masque certaines difficultés et des symptômes parfois interprétés autrement.

Les réseaux sociaux ont également donné accès à beaucoup plus de témoignages.

Entendre une autre femme décrire exactement une difficulté que tu pensais être la seule à vivre peut devenir le point de départ d’un questionnement.

Évidemment, se reconnaître dans une vidéo ou un témoignage ne permet pas de poser un diagnostic.

Mais ça peut donner envie d’aller chercher une réponse professionnelle.

Et si tu te reconnais dans cette histoire?

Si tu lis cet article et que tu te reconnais énormément dans mon parcours, je ne peux évidemment pas te dire si tu as ou non un TDAH.

Mais je peux te dire que tes difficultés méritent d’être prises au sérieux, même si tu as réussi.

Même si tu as un emploi.

Même si tu as fait des études.

Même si tu es en couple depuis longtemps.

Même si, de l’extérieur, tout semble fonctionner.

Si ces difficultés sont présentes depuis longtemps et affectent ton quotidien, tu peux choisir d’en discuter avec un professionnel qualifié et, si c’est pertinent pour toi, explorer la possibilité d’une évaluation.

Comprendre son fonctionnement ne change pas le passé.

Personnellement, il m’arrive encore de penser : si je l’avais su plus tôt, est-ce que certaines périodes de ma vie auraient été moins difficiles?

Peut-être.

Mais aujourd’hui, cette compréhension me permet surtout de construire ma vie différemment.

Et d’arrêter d’essayer de fonctionner comme si mon cerveau fonctionnait autrement qu’il ne fonctionne réellement.

🎧 Tu préfères écouter plutôt que lire?

Cet article est tiré d’un épisode du podcast Ambitieusement TDAH dans lequel je raconte beaucoup plus en détail mon parcours, de mon enfance jusqu’à mon diagnostic de TDAH à l’âge adulte.

🎧 Écoute l’épisode sur Spotify pour entendre l’histoire complète.

▶️ Retrouve également l’épisode sur YouTube si c’est la plateforme que tu préfères.

Et si cet épisode te fait penser à une femme de ton entourage qui se demande depuis des années pourquoi certaines choses lui demandent autant d’efforts, n’hésite pas à lui partager l’épisode.

Parfois, entendre l’expérience de quelqu’un d’autre ne donne pas toutes les réponses.

Mais ça peut nous donner envie de commencer à poser les bonnes questions.

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