TDAH et amitié : pourquoi est-ce si difficile de créer et de maintenir des relations amicales?

Hyperfocus, hypersensibilité au rejet, difficultés à comprendre les codes sociaux et dysrégulation émotionnelle : le TDAH peut influencer nos amitiés bien plus qu'on ne le pense.

As-tu parfois l'impression que les autres comprennent naturellement comment fonctionnent les amitiés, alors que toi, tu dois constamment essayer de décoder les règles du jeu?

Tu rencontres une nouvelle personne, tu l'apprécies énormément et tu as immédiatement envie de passer du temps avec elle. Puis, soudainement, tu te demandes si tu es trop intense, trop présente ou si tu as dit quelque chose de déplacé.

Ou encore, un ami ne répond pas à ton message, se comporte différemment dans un groupe et tu te retrouves à remettre toute votre relation en question.

Si tu vis avec un TDAH à l'âge adulte, ces situations te sembleront peut-être familières.

Dans l'épisode 196 de mon podcast Ambitieusement TDAH, j'aborde un sujet particulièrement personnel : mes difficultés à créer et à maintenir des amitiés.

Pendant longtemps, j'ai eu l'impression que tout le monde avait reçu un manuel expliquant comment fonctionnent les relations sociales… sauf moi!

Aujourd'hui, j'ai envie de t'expliquer pourquoi certaines caractéristiques du TDAH peuvent compliquer les relations amicales et surtout, comment apprendre à mieux naviguer dans cet univers.

Retrouve cet épisode d'Ambitieusement TDAH sur Spotify ou YouTube. Je t'y partage mes expériences personnelles, mes réflexions et plusieurs stratégies pour développer des amitiés plus durables.

1. L'hyperfocus : quand une nouvelle amitié devient rapidement très intense

On parle souvent de l'hyperfocus dans le contexte du travail, des loisirs ou des passions. Mais savais-tu qu'il peut aussi se manifester dans nos relations?

Le cerveau TDAH est particulièrement sensible à certains éléments qui stimulent l'intérêt, notamment la nouveauté et la curiosité.

Et quoi de plus stimulant qu'une nouvelle personne avec qui tu as beaucoup d'affinités?

Lorsque je rencontre quelqu'un que j'apprécie, j'ai parfois tendance à passer très rapidement de « je viens de te rencontrer » à « tu es ma nouvelle meilleure amie ».

J'ai envie de discuter avec cette personne, de la revoir et de partager plein de choses avec elle.

Le problème?

L'intensité de mon intérêt ne correspond pas nécessairement au rythme auquel l'autre personne souhaite développer la relation.

Ce qui me semble être de l'enthousiasme peut être perçu comme un comportement envahissant.

Et lorsque l'intensité de cet intérêt diminue avec le temps, l'autre personne peut avoir de la difficulté à comprendre ce changement.

Cela ne signifie pas que les personnes ayant un TDAH sont incapables de maintenir des relations stables. Mais pour certaines, apprendre à moduler l'intensité des nouvelles relations peut représenter un véritable défi.

2. Comprendre les codes sociaux implicites : un défi dans certaines relations

Une autre difficulté que je rencontre personnellement concerne les règles sociales qui ne sont jamais clairement expliquées.

Par exemple :

  • À quelle fréquence est-ce acceptable d'inviter un ami à souper?

  • Comment savoir si quelqu'un souhaite développer une amitié ou simplement rester une connaissance?

  • À quel moment peut-on partager des informations plus personnelles?

  • Comment reconnaître qu'une personne souhaite mettre fin à une conversation?

  • Comment savoir ce qui est approprié dans une situation sociale?

Pour plusieurs personnes, ces règles semblent relativement intuitives.

Pour moi, elles ne le sont pas du tout.

J'ai souvent l'impression qu'il existe une série de règles implicites que tout le monde connaît, mais que personne ne m'a expliquées.

Certaines personnes ayant un TDAH peuvent rencontrer des difficultés avec les indices sociaux, notamment lorsque l'inattention, l'impulsivité ou les difficultés de régulation émotionnelle interfèrent avec les interactions.

Il faut toutefois préciser que les difficultés marquées à comprendre les sous-entendus et les codes sociaux ne sont pas propres au TDAH. Elles peuvent aussi être associées à d'autres particularités du fonctionnement neurodéveloppemental.

Ce qui est important, c'est de reconnaître ses propres difficultés plutôt que de présumer que tout le monde fonctionne de la même manière.

3. TDAH et hypersensibilité au rejet : quand un changement de comportement devient douloureux

Imagine cette situation.

Tu as un collègue avec qui tu t'entends merveilleusement bien au travail. Vous discutez régulièrement, vous riez ensemble et tu considères que vous avez développé une belle relation.

Puis, lors d'une soirée entre collègues, cette personne passe la majorité de son temps avec d'autres personnes.

Tu pourrais alors commencer à te demander :

Est-ce que j'ai fait quelque chose de mal?

Est-ce qu'elle ne m'apprécie plus?

Pourquoi est-ce qu'elle m'ignore?

Pourtant, il existe plusieurs explications possibles. Peut-être que cette personne souhaite simplement profiter de l'occasion pour discuter avec des collègues qu'elle voit moins souvent.

Mais lorsque tu as une forte sensibilité au rejet, cette incertitude peut devenir particulièrement difficile à tolérer.

On parle parfois de dysphorie sensible au rejet pour décrire des réactions émotionnelles très intenses face à un rejet réel ou perçu. Bien que ce terme soit fréquemment utilisé dans les discussions sur le TDAH, il ne constitue pas un diagnostic clinique distinct.

Personnellement, j'ai longtemps interprété certains changements de comportement comme des rejets.

Et cette interprétation a parfois eu des conséquences importantes sur mes amitiés.

Parce que lorsque tu te sens rejeté, tu peux devenir plus anxieux, te retirer ou réagir d'une manière qui complique davantage la relation.

C'est parfois le début d'un cercle vicieux.

4. La dysrégulation émotionnelle et la honte dans les relations sociales

Un autre élément dont on parle encore trop peu lorsqu'on aborde le TDAH adulte est la honte.

Tu te retrouves dans une situation sociale et tu réalises que tu viens peut-être de faire quelque chose d'inapproprié.

Tu as parlé trop fort.

Tu as interrompu quelqu'un.

Tu as raconté une histoire beaucoup trop longue.

Tu as abordé un sujet qui n'intéressait visiblement pas ton interlocuteur.

Et soudainement, tu prends conscience du malaise.

Pour moi, c'est souvent à ce moment que les choses se compliquent.

Plus je réalise que je ne me comporte pas comme je le souhaiterais, plus je deviens inconfortable.

Et plus je suis inconfortable, plus j'ai de la difficulté à réguler mon comportement.

Je peux alors parler davantage, faire des blagues maladroites ou me retirer complètement de la conversation.

Ce n'est pas nécessairement un manque de compétences sociales. C'est parfois une difficulté à mobiliser ces compétences lorsque la charge émotionnelle devient trop importante.

Avec les années, cette accumulation d'expériences inconfortables peut même nous amener à éviter certaines situations sociales.

Non pas parce que nous n'aimons pas les gens, mais parce que nous voulons éviter de revivre ce sentiment de honte.

5. Pourquoi le TDAH peut nous amener à éviter nos amis

As-tu déjà oublié de répondre au message d'un ami?

Puis, quelques jours plus tard, tu réalises que tu n'as toujours pas répondu.

Tu te sens mal.

Tu te dis que tu devrais écrire, mais maintenant, tu ne sais plus comment expliquer ton silence.

Alors tu repousses encore.

Et plus le temps passe, plus reprendre contact devient inconfortable.

Finalement, tu finis parfois par ne plus répondre du tout.

Ce qui était au départ un simple oubli peut progressivement devenir une rupture de contact.

C'est un exemple de ce que j'appelle l'évitement de l'inconfort.

Lorsque tu vis avec un TDAH, les difficultés d'initiation de l'action, la procrastination et la régulation émotionnelle peuvent se combiner.

Tu sais ce que tu devrais faire, mais passer à l'action te semble émotionnellement exigeant.

Et parfois, éviter temporairement la situation paraît plus facile que d'affronter cet inconfort.

Le problème, c'est que cet évitement peut finir par nous éloigner de personnes auxquelles nous tenons réellement.

6. Pourquoi les situations sociales non structurées peuvent être épuisantes

Il y a quelque chose que je trouve particulièrement intéressant dans mon propre fonctionnement.

Dans mon travail, je suis très à l'aise avec les gens.

Je suis coach, j'ai travaillé auprès de nombreuses clientèles et j'ai déjà été propriétaire d'un commerce.

Communiquer avec les gens fait partie de mes forces.

Pourtant, place-moi dans une soirée où je ne connais presque personne et où je dois faire du small talk, et je peux devenir extrêmement inconfortable.

Pourquoi?

Parce que dans mon travail, le contexte est clair.

Je connais mon rôle, les objectifs de l'interaction et les sujets que nous allons aborder.

Dans une situation sociale non structurée, ces repères disparaissent.

Je dois constamment déterminer ce qui est approprié, comprendre les attentes des autres et maintenir mon attention sur des conversations qui ne m'intéressent pas nécessairement.

Cela demande beaucoup d'énergie.

C'est d'ailleurs pourquoi je trouve souvent plus facile de créer des amitiés dans des environnements où nous partageons déjà des intérêts communs.

7. TDAH, isolement social et santé : pourquoi nos amitiés sont importantes

Les difficultés relationnelles ne sont pas simplement une question de confort social.

Nos relations jouent un rôle important dans notre bien-être psychologique et notre qualité de vie.

Certaines personnes vivant avec un TDAH peuvent avoir connu davantage de rejet, d'intimidation ou de difficultés relationnelles depuis l'enfance.

À l'âge adulte, ces expériences peuvent contribuer à une tendance à l'évitement ou à l'isolement social.

Une étude britannique publiée en janvier 2025 dans The British Journal of Psychiatry a d'ailleurs attiré l'attention sur les enjeux de santé associés au TDAH adulte.

Cette étude, menée à partir de données concernant plus de 30 000 adultes ayant reçu un diagnostic de TDAH, a estimé une réduction moyenne de l'espérance de vie de 6,78 ans chez les hommes et de 8,64 ans chez les femmes, comparativement aux personnes sans diagnostic de TDAH dans la cohorte étudiée.

Il est important de préciser que cette étude ne démontre pas que l'isolement social explique cette réduction de l'espérance de vie.

Elle met plutôt en lumière l'importance de mieux comprendre les nombreux facteurs associés à la santé des adultes ayant un TDAH, notamment les difficultés de santé mentale, les comportements à risque et l'accès aux soins.

Cela nous rappelle néanmoins que prendre soin de notre fonctionnement quotidien, de notre santé mentale et de nos relations mérite toute notre attention.

Référence scientifique :

Life expectancy and years of life lost for adults with diagnosed ADHD in the UK: matched cohort study (2025), The British Journal of Psychiatry.

https://www.cambridge.org/core/journals/the-british-journal-of-psychiatry/article/life-expectancy-and-years-of-life-lost-for-adults-with-diagnosed-adhd-in-the-uk-matched-cohort-study/30B8B109DF2BB33CC51F72FD1C953739

8. Comment développer et maintenir des amitiés lorsqu'on a un TDAH?

Heureusement, il existe plusieurs stratégies qui peuvent nous aider à développer des relations plus satisfaisantes.

Privilégier les relations basées sur des intérêts communs

Les activités partagées offrent un contexte naturel pour créer des liens.

Un sport, un cours, un loisir ou une activité communautaire peuvent faciliter les conversations et réduire l'incertitude sociale.

Apprendre à reconnaître ses réactions émotionnelles

Lorsque tu ressens un rejet, prends le temps de te demander :

Est-ce que cette personne me rejette réellement ou est-ce que j'interprète son comportement à travers mes propres expériences?

Cette distinction peut t'aider à éviter certaines réactions impulsives.

Communiquer clairement ses besoins

C'est une stratégie que j'essaie personnellement d'appliquer davantage.

Récemment, j'ai expliqué à une amie que j'avais parfois de la difficulté à comprendre les règles implicites des relations amicales.

Je lui ai simplement demandé de me le dire si elle trouvait que je la sollicitais trop souvent.

Cette conversation m'a permis d'exprimer mes besoins plutôt que d'essayer constamment de deviner les siens.

Reconnaître l'évitement

Lorsque tu repousses une conversation ou une réponse à un message, demande-toi si tu es en train d'éviter une émotion inconfortable.

Parfois, reconnaître ce mécanisme est une première étape pour réussir à passer à l'action.

Prendre soin de la gestion de son TDAH

Le sommeil, l'activité physique, l'alimentation, la gestion du stress et, lorsque c'est indiqué, un traitement adapté peuvent contribuer à mieux gérer les symptômes du TDAH.

Plus nous sommes capables de réguler notre attention et nos émotions, plus il peut devenir facile de naviguer certaines situations relationnelles.

Développer davantage de compassion envers soi-même

C'est probablement l'élément le plus important.

Tu vas parfois faire des erreurs.

Tu vas peut-être dire quelque chose de maladroit, mal interpréter une situation ou oublier de répondre à quelqu'un.

Cela ne signifie pas que tu es incapable d'entretenir des amitiés.

Cela signifie simplement que certaines compétences relationnelles demandent davantage d'efforts et de pratique.

Conclusion : avoir un TDAH ne signifie pas être incapable d'avoir des amis

Pendant longtemps, j'ai eu l'impression que mes difficultés en amitié étaient le reflet de quelque chose qui n'allait pas chez moi.

Aujourd'hui, je comprends mieux comment certaines caractéristiques de mon TDAH peuvent influencer mes interactions sociales.

Et cette compréhension me permet de développer de nouvelles stratégies.

Tu n'as pas besoin d'avoir énormément d'amis pour avoir une vie sociale satisfaisante.

Quelques relations profondes, authentiques et significatives peuvent être tout aussi précieuses.

L'objectif n'est pas de devenir quelqu'un d'autre.

C'est d'apprendre à mieux comprendre ton fonctionnement pour créer des relations qui te correspondent.

🎧 Écoute l'épisode complet d'Ambitieusement TDAH

Dans l'épisode 196, « TDAH et amitié : pourquoi est-ce si difficile de garder ses amis? », je vais encore plus loin en partageant des expériences personnelles que je n'aborde pas toujours facilement.

Nous parlons d'hyperfocus relationnel, de peur du rejet, de honte, d'évitement et surtout des stratégies qui peuvent nous aider à développer des amitiés plus durables.

Retrouve l'épisode sur Spotify ou YouTube et viens poursuivre la réflexion avec moi!

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Amélie Léveillé — Coach professionnelle certifiée PCC, spécialisée en TDAH adulte, et animatrice du podcast Ambitieusement TDAH.

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