TDAH : 5 phrases qu’on devrait arrêter de dire aux personnes TDAH

« Tu as tellement de potentiel. » « Essaie plus fort. » « Si c’était vraiment important pour toi, tu le ferais. »

Si tu as un TDAH, il y a de bonnes chances que tu aies déjà entendu l’une de ces phrases. Peut-être même plusieurs.

Le problème, c’est qu’elles partent souvent d’une mauvaise interprétation des difficultés liées au TDAH chez l’adulte : si tu n’arrives pas à faire quelque chose, ce serait parce que tu ne fais pas assez d’efforts, que tu n’es pas suffisamment motivé ou que ce n’est simplement pas assez important pour toi.

Alors qu’en réalité, l’obstacle peut être ailleurs.

Difficulté à passer à l’action. Manque de clarté. Peur de se tromper. Difficulté à anticiper. Charge émotionnelle. Procrastination. Besoin d’outils ou de stratégies adaptés.

Dans cet épisode d’Ambitieusement TDAH, j’avais donc envie de revenir sur 5 phrases que je ne suis plus capable d’entendre à propos des personnes TDAH.

Pas seulement parce qu’elles sont désagréables, mais parce qu’elles ne nous aident absolument pas à comprendre pourquoi une personne avec un TDAH n’arrive pas à faire ce qu’elle voudrait pourtant réussir à faire.

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Cet article est tiré d'un épisode du podcast Ambitieusement TDAH. Tu peux écouter l’épisode complet sur Spotify ou le regarder sur YouTube.

1. « Tu as tellement de potentiel »

Ah, le fameux potentiel.

Je déteste cette phrase.

Parce que lorsque quelqu’un te dit que tu as « tellement de potentiel », il y a souvent un sous-entendu : tu pourrais accomplir tellement plus si seulement tu étais capable de maintenir tes efforts.

Si tu es capable de produire quelque chose d’extraordinaire à la dernière minute, pourquoi ne pourrais-tu pas faire ça tout le temps?

Parce que justement, ce niveau d’effort n’est peut-être pas soutenable.

On oublie tout ce qu’il a fallu déployer pour arriver au résultat. On voit ce que la personne a réussi à produire, mais pas nécessairement les obstacles qu’elle a dû franchir pour y arriver.

Et au lieu de se demander ce qui pourrait l’aider, on lui renvoie constamment l’impression qu’elle n’est pas à la hauteur de ce qu’elle devrait être capable d’accomplir.

Le problème n’est pas toujours le potentiel, mais les obstacles

Je vais te donner un exemple très simple.

J’adore nager.

Mais pendant longtemps, j’ai trouvé l’entraînement en natation profondément ennuyant. Nager 2 000 mètres, compter les longueurs, compter mes coups de bras… mentalement, je trouvais ça extrêmement pénible.

Aujourd’hui, j’ai recommencé à nager.

Qu’est-ce qui a changé?

J’ai des écouteurs que je peux utiliser dans l’eau. Je peux écouter quelque chose pendant que je nage et je ne m’ennuie plus de la même façon.

Mon « potentiel » pour la natation n’a pas changé.

J’ai simplement éliminé un obstacle qui m’empêchait de maintenir l’activité.

Et je pense que c’est une question beaucoup plus intéressante à poser à une personne avec un TDAH :

Qu’est-ce qui t’empêche de faire ce que tu voudrais être capable de faire?

2. « Essaie plus fort » : le TDAH n’est pas simplement un manque d’effort

La deuxième phrase que j’aimerais mettre définitivement au garde-robe :

« Essaie plus fort. »

Cette phrase part du principe que si tu n’arrives pas à faire quelque chose, c’est probablement parce que tu n’essaies pas suffisamment.

Mais le problème n’est pas nécessairement là.

Lorsqu’une personne avec un TDAH a de la difficulté à réaliser une tâche, il peut être beaucoup plus utile de chercher ce qui bloque le passage à l’action.

Est-ce que la tâche manque de clarté?

Les attentes sont-elles trop élevées?

Est-ce que la personne sait par où commencer?

A-t-elle les bons outils?

A-t-elle besoin d’une stratégie pour amorcer la tâche?

Il peut y avoir énormément de raisons pour lesquelles quelqu’un n’arrive pas à faire quelque chose.

Dire « essaie plus fort » n’identifie aucune de ces raisons.

Et surtout, ça envoie le message que la personne n’essayait probablement pas suffisamment la première fois.

3. « Fais les choses comme il faut »

Celle-là aussi m’irrite profondément.

Ça veut dire quoi, exactement, « comme il faut »?

Imagine que je te demande de faire « une belle page de présentation ».

Qu’est-ce qu’une belle page?

Ce que j’imagine et ce que tu imagines peuvent être complètement différents.

Et pourtant, on utilise constamment ce type d’instructions dans nos relations, au travail et avec nos enfants :

Range comme il faut.

Nettoie bien la salle de bain.

Fais ça correctement.

Le problème, c’est que ces consignes semblent précises à la personne qui les donne… parce qu’elle sait exactement ce qu’elle veut dire.

Mais l’autre personne n’est pas dans sa tête.

Avec un TDAH, rendre les attentes concrètes peut faciliter le passage à l’action

Prenons la salle de bain.

Au lieu de dire :

« Peux-tu bien nettoyer la salle de bain? »

On peut déterminer concrètement ce que « propre » signifie.

Quelles tâches doivent être faites?

Dans quel ordre?

De quels produits ou outils a-t-on besoin?

Comment sait-on que la tâche est terminée?

Parce que si j’arrive devant ma salle de bain sans savoir par où commencer, je peux me retrouver à procrastiner.

Je peux avoir peur de mal faire.

Je peux me sentir dépassée avant même d’avoir commencé.

Plus les attentes sont concrètes, moins j’ai besoin de deviner ce qu’on attend de moi.

Et ça peut faire une énorme différence.

4. « Si c’était vraiment important pour toi, tu le ferais »

Je pense que celle-ci fait particulièrement mal.

« Si c’était vraiment important pour toi, tu t’en souviendrais. »

« Si c’était vraiment important, tu t’en occuperais. »

Sauf que quelque chose peut être extrêmement important pour moi… et je peux quand même avoir de la difficulté à m’en souvenir ou à passer à l’action.

Les anniversaires sont un excellent exemple.

Pour moi, célébrer les anniversaires est important.

Et pourtant, je retiens très mal les dates.

Je peux oublier une date importante sans que ça signifie que la personne n’a aucune importance pour moi.

Et c’est là que la honte peut commencer à s’installer.

TDAH, procrastination et honte : une roue qui s’alimente

Plus quelque chose est important pour moi, plus il peut y avoir une charge émotionnelle autour de cette chose.

La peur de me tromper.

La peur d’échouer.

La peur de décevoir.

La peur de ne pas être à la hauteur.

Et moins je passe à l’action, plus j’ai honte de ne pas l’avoir fait.

Plus j’ai honte, plus ça devient difficile de m’en occuper.

Je peux alors me retrouver à faire plein de petites choses beaucoup moins importantes qui me donnent l’impression d’être productive… tout en continuant d’éviter celle qui compte réellement.

Alors non.

Ne pas faire quelque chose ne signifie pas automatiquement que cette chose n’est pas importante pour une personne avec un TDAH.

Au lieu de dire :

« Si c’était important, tu le ferais. »

On pourrait demander :

« Comment est-ce que je peux t’aider à passer à l’action? »

Ça, c’est déjà beaucoup plus utile.

5. « Tu aurais dû y penser avant »

C’est probablement la phrase que je déteste le plus.

« Tu aurais dû y penser avant. »

Mais parfois, je ne suis tout simplement pas capable de savoir à l’avance ce que quelque chose va réellement représenter.

J’ai de la difficulté à me projeter dans une situation que je ne connais pas encore.

Et ça ne signifie pas que je n’ai pas réfléchi.

Ça signifie que j’ai parfois besoin de vivre, de voir ou d’expérimenter quelque chose pour comprendre concrètement ce que ça représente pour moi.

Je suis comme ça jusque dans mes rénovations : j’ai besoin de voir les rideaux installés pour savoir si j’aime les rideaux à cet endroit.

Certaines choses sont difficiles à anticiper avant de les avoir vécues.

Avoir un enfant.

Puis deux.

Puis trois.

Avoir des adolescents plutôt que de jeunes enfants.

Adopter un deuxième chien.

Choisir des études.

Commencer un travail.

Être en couple.

Chaque choix comporte des avantages et des difficultés qu’on ne peut pas nécessairement anticiper complètement.

Et le fait d’avoir choisi quelque chose ne retire pas le droit de trouver cette chose difficile.

Dire « tu aurais dû y penser avant » ne règle rien.

Ça risque surtout d’apprendre à la personne à ne plus te parler de ses difficultés.

Bonus : « Tu es tellement susceptible »

Il y a une dernière phrase qui n’était pas officiellement dans mon top 5, mais dont j’avais absolument envie de parler :

« Tu es trop susceptible. »

Dans le TDAH, on peut retrouver des difficultés de régulation émotionnelle. On parle alors de la difficulté à moduler l’intensité d’une émotion.

Une personne peut donc ressentir une émotion très fortement.

Ça ne signifie pas que l’émotion elle-même n’est pas légitime.

Et dire à quelqu’un qu’il est « trop susceptible » peut devenir une façon de lui communiquer que ses émotions dérangent ou qu’il devrait simplement arrêter de les ressentir.

On peut travailler sur la façon dont on régule une émotion.

On peut apprendre à mieux composer avec son intensité.

Mais on peut le faire sans invalider ce que la personne ressent.

Et si on arrêtait de juger le comportement pour chercher l’obstacle?

Il y a un fil conducteur derrière toutes ces phrases.

On interprète le comportement avant d’essayer de comprendre ce qui se passe.

Tu n’as pas commencé? Tu ne fais pas assez d’efforts.

Tu as oublié? Ce n’était pas important.

Tu n’as pas fait ce que je voulais? Tu ne l’as pas fait comme il faut.

Tu regrettes une décision? Tu aurais dû y penser avant.

Et si on changeait complètement notre façon de voir les choses?

Lorsqu’une personne avec un TDAH n’arrive pas à faire quelque chose, on pourrait plutôt chercher à comprendre :

Quel est l’obstacle?

Est-ce un problème de clarté?

De passage à l’action?

D’organisation?

D’anticipation?

De charge émotionnelle?

De peur de l’échec?

De stratégie?

Parce que comprendre l’obstacle nous permet ensuite de chercher une solution.

Le jugement, lui, risque surtout d’ajouter une nouvelle couche de honte.

Tu préfères écouter l’épisode?

🎧 Écoute l’épisode complet d’Ambitieusement TDAH sur Spotify pour retrouver toute la discussion et les exemples que je partage dans le podcast.

▶️ Tu peux aussi regarder l’épisode sur YouTube, t’abonner à la chaîne et me laisser ton expérience dans les commentaires.

Et maintenant, j’ai envie de te poser la même question que dans l’épisode :

Quelle est LA phrase sur le TDAH que tu n’es plus capable d’entendre?

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