Faire la paix avec son parcours quand on est TDAH
Il y a des moments dans la vie où le passé nous rattrape sans prévenir.
Pour moi, ce moment-là est arrivé quand ma fille a terminé son secondaire et est entrée au cégep.
Ce passage-là, je le connais.
Je l’ai vécu.
Et c’est probablement l’une des périodes de ma vie dont j’ai le plus de souvenirs — même si, de façon générale, je n’ai jamais été quelqu’un qui se souvient beaucoup de son enfance ou de son adolescence.
Voir ma fille à cette étape-là m’a forcée à revisiter mon propre parcours.
Pas avec le regard de la jeune fille que j’étais, mais avec celui de l’adulte que je suis aujourd’hui… diagnostiquée TDAH à 39 ans.
Et surtout, beaucoup plus lucide.
Grandir sans savoir qu’on est TDAH
Mes trois enfants ont reçu un diagnostic de TDAH.
C’est le diagnostic du troisième qui a déclenché une phrase qui a tout changé :
« Il n’y a pratiquement aucune chance que les trois enfants soient TDAH sans qu’au moins un des deux parents le soit. »
Cette phrase-là m’a suivie longtemps.
Et elle m’a finalement amenée à recevoir mon propre diagnostic, tardivement.
Ce diagnostic ne m’a pas donné d’excuses.
Il m’a donné des explications.
Des explications sur :
ma difficulté à m’organiser,
mon manque de motivation dans certains contextes,
mon besoin constant de structure,
mon brouillard mental,
mes changements de direction fréquents,
et surtout… mon immense doute envers mes propres décisions.
L’école, les choix et les erreurs qui ne sont pas pardonnées
Mon parcours scolaire n’a pas été simple.
J’ai été une enfant en avance, en douance en français, en mathématiques, en anglais.
Puis j’ai été plongée dans un système d’auto-apprentissage qui demandait exactement ce que mon cerveau TDAH ne savait pas encore faire : s’organiser, se structurer, se motiver seule.
Résultat : des échecs, des retards, des impacts en cascade.
Et très tôt, des portes qui se ferment.
Ce que je trouve encore difficile aujourd’hui, 25 ans plus tard, c’est de constater que le système pardonne très peu les erreurs de parcours.
Une mauvaise session.
Un mauvais choix.
Un moment où ça ne fonctionne pas.
Et ces erreurs-là laissent des traces longtemps.
Prendre des décisions pour plaire (people pleasing)
En revisitant mon histoire, j’ai réalisé quelque chose de fondamental :
👉 J’ai passé une grande partie de ma vie à prendre des décisions en fonction de ce que les autres voulaient que je sois.
On me disait :
« Tu as tellement de potentiel là-dedans »
« Tu devrais faire ça »
« Tu serais bonne là-dedans »
Alors j’écoutais.
Parce que je doutais de moi.
Parce que j’avais appris que mon jugement n’était pas fiable.
Parce que, quand tu es TDAH et que tu oublies, que tu te trompes, que tu réagis fort, on finit par croire que les autres savent mieux que nous.
J’ai confondu être guidée avec me faire diriger.
Quand ton environnement n’est pas fait pour toi
Ce que j’ai compris avec le recul, c’est que le TDAH ne se vit jamais seul.
Il se vit dans un environnement.
Certains adultes TDAH réussissent brillamment à l’école.
Pourquoi?
Parce qu’ils ont été dans un cadre où :
leurs forces étaient reconnues,
la structure était claire,
le soutien était présent,
et parfois… parce qu’ils étaient en hyperfocus sur leur domaine.
D’autres — comme moi — ont appris très tôt à se masquer, à se diminuer, à ne pas déranger.
Et quand tes forces ne sont pas célébrées, tu apprends à les cacher.
Ce que j’aurais aimé qu’on me demande
Si quelqu’un m’avait posé ces questions-là plus tôt, mon parcours aurait peut-être été différent :
Qu’est-ce que TOI tu veux?
Qu’est-ce qui te fait vraiment triper?
Comment tu aimes fonctionner?
Qu’est-ce qui te donne de l’énergie?
De quoi as-tu besoin pour réussir?
J’aime parler.
J’ai besoin d’échanger, de réfléchir à voix haute, de comprendre.
Si je ne peux pas faire ça dans mon travail, je suis profondément malheureuse.
Ce n’est pas un défaut.
C’est mon fonctionnement.
Faire la paix avec le passé
Je ne raconte pas mon histoire pour susciter la pitié.
Je suis heureuse aujourd’hui.
J’ai une très belle vie.
Je suis exactement à la bonne place.
Mais je sais aussi que je me suis rendu la vie plus compliquée qu’elle n’avait besoin de l’être… parce que je ne savais pas comment je fonctionnais.
Et parce que j’ai essayé trop longtemps d’être ce que les autres attendaient de moi.
Il n’est jamais trop tard
Si tu lis ceci et que tu te reconnais, j’ai envie que tu entendes ceci :
Tu as fait du mieux que tu pouvais avec ce que tu avais.
Ton environnement a influencé ton parcours, que tu le veuilles ou non.
Il n’est jamais trop tard pour changer de direction.
Il n’est jamais trop tard pour retourner aux études.
Il n’est jamais trop tard pour te réoutiller.
Il n’est jamais trop tard pour t’écouter.
La seule personne qui sait vraiment ce qui est bon pour toi…
c’est toi.
Et oui, on a parfois besoin d’accompagnement.
Mais entoure-toi de gens sans agenda pour toi, sans attentes cachées, sans direction imposée.
Des gens qui t’aident à clarifier, pas à décider à ta place.
Si cet article t’a fait du bien, sache que tu n’es pas seul(e).
Et si tu veux continuer la réflexion, je t’invite à écouter l’épisode complet du podcast ou à me laisser un commentaire — je les lis tous 💛