TDAH et couple : Sophie Morin, thérapeute, explique pourquoi c'est plus complexe qu'on pense
Quel est l’impact du TDAH sur le couple, la communication, l’intimité et la sexualité?
C’est une question qui revient régulièrement dans mes accompagnements avec des adultes TDAH. Et quand j’ai rencontré Sophie Morin, sexologue de formation et conseillère conjugale, je savais qu’on aurait beaucoup de choses à se dire sur le sujet.
Je ne pensais simplement pas qu’on allait en parler pendant aussi longtemps! 😅
Dans cet épisode d’Ambitieusement TDAH, on explore ce qui peut se passer lorsqu’un cerveau TDAH entre en relation avec quelqu’un d’autre : les difficultés de communication, les émotions intenses, la sensibilité au rejet, les transitions, la honte, le désir, la sexualité, mais aussi la sécurité et les compétences relationnelles.
Et surtout, une idée revient constamment dans notre conversation : mieux comprendre son TDAH permet souvent de porter un regard complètement différent sur ce qui se passe dans son couple.
🎧 Tu préfères écouter plutôt que lire? Retrouve l'épisode complet d’Ambitieusement TDAH sur Spotify ou regarde notre conversation sur YouTube.
TDAH et couple : comprendre avant d’essayer de changer
Une phrase de Sophie résume particulièrement bien notre conversation :
« Est-ce que tu comprends comment marche ton cerveau? »
Recevoir un diagnostic de TDAH ne signifie pas nécessairement qu’on comprend son propre fonctionnement.
Pourquoi est-ce que je réagis aussi fortement dans certaines situations?
Pourquoi ai-je autant de difficulté à passer d'une activité à une autre?
Pourquoi quelque chose qui semble extrêmement simple pour mon partenaire me demande-t-il autant d’effort?
Pourquoi ai-je l’impression qu’on me rejette alors que l’autre affirme que ce n’est pas son intention?
Plus on comprend comment le TDAH se manifeste concrètement dans notre quotidien, plus il devient possible de distinguer deux choses : ce qu’on peut apprendre à faire différemment et ce qu’on doit parfois simplement apprendre à accepter et à gérer.
Sophie utilise une image que j’ai beaucoup aimée : s’il pleut dehors, tu peux être fâché qu’il pleuve… mais il va quand même pleuvoir.
La question devient donc : qu’est-ce que je fais avec cette réalité?
Cette acceptation n’est pas une façon de se déresponsabiliser. Au contraire. Comprendre son fonctionnement permet de commencer à mettre en place des stratégies qui fonctionnent réellement pour nous.
Quand un conflit de couple TDAH est parfois… un problème d’environnement
Un des exemples les plus parlants de notre conversation concerne un couple qui se disputait constamment à propos d’un manteau qui n’était jamais rangé.
Vu de l’extérieur, le problème semble évident : « Je te l’ai demandé 100 fois. Pourquoi ne ranges-tu pas ton manteau? »
Et rapidement, un comportement peut être interprété comme un manque d’attention ou de considération.
Mais en analysant concrètement la séquence, Sophie réalise que l’organisation de l’entrée créait plusieurs étapes inutiles pour la personne TDAH.
Le problème n’était pas nécessairement : « Il ne veut pas ranger son manteau. »
Le problème pouvait être : le système ne fonctionne pas avec son cerveau.
Parfois, déplacer un crochet, allonger un tapis ou mettre les clés ailleurs peut avoir plus d’impact que de répéter une consigne 200 fois.
C’est quelque chose que je répète souvent en coaching TDAH : avant de conclure que tu manques de volonté, regarde ton environnement.
Peut-on diminuer la friction?
TDAH, transitions et désir : « J’étais bien là! »
Les transitions peuvent représenter un véritable défi pour certaines personnes ayant un TDAH.
Et ça ne concerne pas seulement le travail, le ménage ou le fait d’aller se coucher.
Ça peut aussi toucher l’intimité et la sexualité.
Tu peux être confortablement installée sur ton divan, complètement absorbée par ce que tu fais, et savoir rationnellement qu’un moment agréable avec ton partenaire pourrait suivre…
tout en ressentant énormément de résistance à l’idée de changer d’état.
Comme je le dis dans l’épisode : « J’étais correcte là! »
Ajoutons à cela la fatigue, les enfants, la surcharge sensorielle, le fait d’avoir répondu aux besoins des autres toute la journée et une énergie parfois complètement vidée en soirée.
L’intimité peut alors être ressentie comme une demande supplémentaire plutôt que comme quelque chose de plaisant.
Comprendre cette dynamique permet déjà de sortir du raccourci : « Tu n’as plus envie de moi. »
TDAH et sexualité : le désir ne se commande pas
C’est probablement l’un des passages les plus intéressants de notre conversation.
Sophie fait une distinction importante entre un besoin et un désir.
La sexualité n’est pas un besoin auquel notre partenaire aurait la responsabilité de répondre. Le désir implique plutôt de créer un contexte dans lequel deux personnes peuvent avoir envie de se rejoindre.
Et demander :
« Ça te tente-tu? »
… n’est pas toujours la meilleure façon de susciter du désir. 😅
Particulièrement lorsqu’une personne est encore mentalement dans sa journée, dans sa liste de choses à faire ou dans une surcharge sensorielle.
On parle donc de jeu, de complicité, de séduction et de la capacité à découvrir ce qui nous allume réellement — et ce qui allume l'autre.
Parce qu’une erreur extrêmement humaine consiste à offrir à notre partenaire ce qui fonctionnerait pour nous.
Or, nous ne fonctionnons pas nécessairement de la même manière.
Avant l’intimité, il y a la capacité d’écouter son corps
Notre discussion sur la sexualité nous amène finalement beaucoup plus loin que la sexualité.
Pour savoir ce que j’aime, ce que je désire ou ce qui me met mal à l’aise, encore faut-il être capable de percevoir ce qui se passe dans mon corps.
Ai-je faim?
Suis-je fatiguée?
Suis-je tendue?
Est-ce que je suis en colère, triste, anxieuse, excitée?
Est-ce que quelque chose me fait du bien?
Pour certaines personnes ayant un TDAH, cette lecture des signaux internes n’est pas si évidente.
Et Sophie apporte une réflexion fascinante : si j’ai de la difficulté à reconnaître les signaux très simples de mon corps, comment puis-je reconnaître un signal beaucoup plus subtil comme le désir?
Ces compétences deviennent ensuite la base de compétences émotionnelles et relationnelles plus complexes.
« Je ne sais pas ce que je ressens… mais je sais que ça ne va pas »
Cette difficulté à identifier précisément ce qu’on ressent peut aussi expliquer certaines explosions émotionnelles dans le couple.
Si tout ce que je sais, c’est :
« Je ne me sens pas bien. »
… qu’est-ce que je communique à l’autre?
Je peux retenir.
Retenir.
Retenir.
Puis exploser.
Apprendre à différencier la colère, la honte, la tristesse, la peur ou la déception permet de communiquer beaucoup plus précisément ce qui se passe.
Au lieu de :
« TU M'ÉNERVES! »
on peut éventuellement arriver à quelque chose comme :
« Quand ça s’est passé, je me suis sentie rejetée et ça m’a vraiment blessée. »
L’émotion peut être parfaitement légitime.
La compétence à développer, c’est la façon de la reconnaître et de la communiquer.
Sensibilité au rejet, honte et TDAH adulte
On parle également dans cet épisode de la sensibilité au rejet souvent décrite par les adultes ayant un TDAH.
Quand on a passé une partie de sa vie à recevoir des messages comme :
Tu es trop intense.
Tu parles trop.
Tu oublies encore.
Tu devrais être capable.
Pourquoi tu ne fais pas juste…?
… le rejet peut finir par devenir particulièrement chargé.
Dans une relation amoureuse, cette histoire ne disparaît pas.
Un commentaire, un désaccord ou un refus peut parfois être interprété beaucoup plus largement :
« Ce comportement dérange mon partenaire » devient « Je dérange mon partenaire ».
Ou même : « Il y a quelque chose qui ne va pas chez moi. »
C’est là que la honte peut prendre énormément de place.
Une nuance devient alors essentielle : je peux aimer quelqu’un et être dérangée par certains de ses comportements.
Les deux peuvent être vrais en même temps.
Apprendre à vivre dans le gris
Cette capacité à tolérer deux réalités simultanément est au cœur de plusieurs difficultés relationnelles.
Je peux t’aimer et être fâchée contre toi.
Tu peux m’aimer et ne pas avoir envie d'intimité ce soir.
Je peux avoir un TDAH qui explique certains de mes comportements et demeurer responsable de leurs conséquences.
Je peux accepter mon fonctionnement et chercher à développer de nouvelles compétences.
Tout n’a pas besoin d’être : tu m’aimes ou tu ne m’aimes pas.
Les relations humaines se passent énormément dans le gris.
Et apprendre à tolérer ce gris peut devenir une compétence extrêmement importante.
La sécurité émotionnelle avant la complicité et l’intimité
Vers la fin de notre conversation, Sophie présente une façon particulièrement intéressante de réfléchir aux relations.
Avant de pouvoir développer l’intimité, il faut d’abord être capable de créer de la sécurité.
Est-ce que je sais reconnaître lorsque je suis réellement en sécurité?
Est-ce que je sais créer de la sécurité pour moi?
Est-ce que mon partenaire est capable de m’accueillir lorsque je suis vulnérable?
Ensuite vient la complicité : la capacité à jouer, à ajouter de la tension de façon agréable, à rire et à connecter.
Puis vient l’intimité, qu’elle soit émotionnelle ou sexuelle.
Ça permet de regarder les difficultés de couple autrement.
Parfois, on essaie de « réparer la sexualité » alors que le problème se situe beaucoup plus tôt dans la chaîne.
Le TDAH n’explique pas tout… mais le comprendre change beaucoup de choses
C’est probablement ce que je retiens le plus de cette conversation.
Avoir un TDAH ne veut pas dire être condamné à avoir des relations difficiles.
Et le diagnostic n’est pas une excuse pour tous nos comportements.
Mais comprendre son cerveau permet de sortir du jugement pour entrer dans l’observation.
Au lieu de :
Pourquoi suis-je encore comme ça?
on peut commencer à demander :
Qu’est-ce qui vient de se passer?
Qu’est-ce que j’ai ressenti?
Qu’est-ce qui est difficile pour mon cerveau ici?
Qu’est-ce que je peux modifier dans mon environnement?
Quelle compétence me manque?
Qu’est-ce que mon partenaire essaie réellement de me communiquer?
Et surtout :
Qu’est-ce que je peux faire avec cette information?
C’est là qu’on reprend du pouvoir.
🎧 Écouter l’épisode complet : TDAH, couple, intimité et sexualité
Cet article ne couvre qu’une partie de notre conversation.
Avec Sophie, on parle aussi de parentalité, d’empathie, de communication dans le couple, de désir, de vulnérabilité, de perfectionnisme, de honte, de sécurité émotionnelle et de toutes ces compétences qu’on pense parfois être censés posséder naturellement à l’âge adulte.
Si tu as un TDAH adulte, si ton partenaire est TDAH ou si tu cherches simplement à mieux comprendre l’impact de la neurodivergence sur les relations amoureuses, je t’invite vraiment à écouter l’épisode complet.
🎧 Écoute l’épisode d’Ambitieusement TDAH sur Spotify
▶️ Regarde la conversation complète sur YouTube
Et si tu as aimé l'approche de Sophie et que tu souhaites découvrir son travail ou ses services d’accompagnement, tu peux également visiter le site de Sophie Morin : sophiemorin.ca.
Une longue conversation, oui.
Mais quand on commence à parler de TDAH et de couple, faut croire que Sophie et moi avions beaucoup de choses à dire. 😉
Bonne écoute!
Amélie Léveillé
Coach TDAH